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Cet animal est du pain béni
pour le paysan d’autrefois,
il se nourrit de tout donc il est
facile à élever et il est
d’une rentabilité extrême en
effet tout se mange ou se
récupère dans le cochon.
Sauf les os qui
amuseront les chiens.
Ce cochon présent dans
chaque ferme, élevé toute
une année, verra la fin de
sa vie entre novembre
et la fin mars dans
chaque famille. Cette époque
est la plus propice pour les
raisons suivantes: il fait
froid ce
qui facilite la conservation
de la viande
(pas de réfrigérateur) et
surtout il n’y a pas de
mouches. Le travail de la
terre étant plus calme
permet la disponibilité de
la main d’œuvre.
Cette période de
sacrifices se justifie
par la non conservation de
certain aliments tiré de la
bête, par exemple : les
pâtés, les boudins. Alors
chaque voisin tour à tour
donne à ses amis un bout de
pâté de foie, un bout de
fromage de tête, des boudins
etc.... Ainsi en était
la solidarité au fil des ans
pour le mieux être de
tous.
Cette opération nécessitait
beaucoup de monde et
s'étalait sur trois jours.
Autant vous dire que c'était
énormément de travail mais
également une grande fête
au même titre que les
"batteuses", que la fête du
village et qu'elle tenait une
bonne place dans le coeur de
tous ces gens. Le vin, la
gnole et la bouteille de
rhum donnaient de l'ardeur
au travail et faisaient chaud
au coeur. Les chansons, les
blagues et la bonne humeur
allaient bon train.
Il est 9h du matin en ce
mardi de février 1956,
Fernand le boucher vient
d’arriver chez nos voisins les Malpertut du bourg, déjà
sont présents Alfred Lamour,
Gilbert Pradeau, Lucien
Pasquet, Léon et Juliette
Gambelon les Malpertut de
Vieillemaison qui sont : le
frère, le neveu et la belle
sœur de Tutu maître des
lieux (surnom donné par
votre serviteur dans ma
tendre enfance et conservé
jusqu’à la fin de sa vie)
tous venus pour donner un
coup de main.
Allez dit Fernand, c’est le
moment, pas de temps à
perdre j’en ai encore deux
autres à
tuer ce matin.
Une corde autour du cou
tiré par 3 hommes le goret
lutte pour ne pas avancer,
un quatrième, derrière la
bête le tient par la queue,
le pousse et lui donne un
peu de bâton.
En cinq minutes l’animal
est dehors, il fait un froid
sec mais il ne gèle pas, on
lui ficelle les pattes
arrières ensemble ainsi que les pattes avant, en un
clin d’oeil la bête est
couchée sur le flanc, elle
hurle, se débat les hommes
la maintiennent à terre,
l’empêchent de bouger.
Fernand tranche la gorge du
cochon pendant que la femme
de Tutu (Ida) tend sa grosse
poêle d’une main ferme sous
la gorge pour recueillir le
sang avec dans l’autre une cuillère en bois qui lui
sert à tourner le sang pour
l’empêcher de coaguler.
Fernand maintenant la tête
du porc pour éviter qu'elle
ne renverse la poêle. A
l’aide de la patte avant qu’il manœuvre comme un
levier il finit de vider
l’animal de son sang.
C’est
terminé le corps gisant le
porc ne bouge plus, il est
passé de vie à trépas. Les
hommes
répandent de la paille sur le
cochon puis ils y mettent le
feu, cette opération a pour
but de brûler les poils et
la soie de la bête, peut-être aussi de
griller tous les éventuels
parasites stagnant sur la
peau. On retourne l’animal
sur l’autre flanc et on
brûle à nouveau. Quand le
feu cesse le cochon est tout
noir, une forte odeur âcre
(comme on dit de cochon
brûlé) nous envahie. Puis
vient le lavage à grande eau
froide dans un premier temps
puis chaude et avec de grosses brosses à
poils durs, des racloirs et
des couteaux ils nettoient
l’animal en frottant et
en grattant, jusqu’au
fin fond des oreilles pas un
recoin n’est oublié.
Ensuite
c’est le séchage à l’aide d'une
boule de paille dans chaque
main les hommes se relaient
pour essuyer le cadavre.
Enfin on porte le cochon par
les quatre pattes et on le
met sur une échelle posée à
plat sur le sol, c’est la
que Fernand demande aux
enfants présents, lequel à
un couteau qui coupe, tous
les enfants en chœur
répondent " moi! moi!" il
faut dire qu’en ce temps la
dés 7 ans chaque marmot avait
son couteau et en était
fier. Fernand en prend
un au hasard et l’enfourne
dans le cul du cochon
jusqu’à la garde, il le
ressort plein de merde et le
rend à l’heureux élu, le
tout dans un grand éclat de
rire général sauf pour
l’infortuné un peu vexé de
s’être fait avoir et qui
jure au
plus profond de son être que
l’on ne l’y reprendrait plus.
Fernand fait une entaille
pour libérer les tendons des
jarrets arrières afin de
mettre les crochets qui
suspendront le cochon sur
cette barre (le jambier)en forme de
cintre munie de rebord pour
empêcher de glisser les
anneaux des crochet. On
redresse l'échelle et on
l'appuie sur le mur, le
cochon se trouve tête en bas
accroché par les pattes
arrières. Fernand éventre l'animal et
dépose
les boyaux dans
une grande bassine, il en
fera de même pour les abats
qu'il recueille dans d'autres
récipients emportés
directement dans la cuisine
d'Ida. Les boyaux sont vidés
de leurs excréments et vont
être retournés, grattés,
nettoyés, sur leurs deux
faces interne et externe en
prenant bien soin de ne pas
les crever, ils vont servir
à confectionner les boudins.
Le boucher continue sa
besogne, il extrait la
vessie que l'on fera séchée
pour en faire une blague à
tabac, la graisse autour de
l'abdomen que l'on nomme "le
chai" qui rend si bonne la
potée. Cette graisse plus ou
moins épaisse suivant la
nourriture qu'il aura
incurgité sera salée et roulée
puis plantée sur une planche
muni d'un pic. Il tranche la tête
de l'animal portée à la
cuisine dans un seau. La
colonne vertébrale est
fendue en deux
dans le sens de la longueur
à l'aide d'une scie de
boucher. Voila la bête en 2
demi porc que l'on va
stocker 24 h dans l'arrière
cuisine (pièce très fraîche
à cette époque de
l'année).Ces quartiers de
porc seront découpés demain
car il faut que la viande
caille comme dit Fernand.
Pendant ce temps là
dans la cuisine de la ferme
les femmes ont entrepris la
confection des boudins et du
pâté ou du fromage de tête
(voir
Popygourmand pour
les recettes).
A la cuisine c'est une vrai
fourmilière. On a tranché la
tête de l'animal, on extrait
la cervelle, on découpe les
bas joues (gognes dans le
langage du pays) qui
serviront pour les boudins.
Une odeur de bonne cuisine,
d'aromate, accompagne la
cuisson des boudins. Après
avoir enfilé à l'aide d'un
entonnoir la chair à boudin
dans les boyaux on les
ficelle par bout d'une
quinzaine de centimètres.
Quand ils seront froid en
fin d'aprés midi, Noëlle (ma
soeur) et moi porteront dans
une assiette fermée dans un
torchon noué dont le noeud
servira d'anse, 3 boudins
chez Champeau, 2 chez Vialle
et ainsi de suite par aller
et retour successifs avec la
même assiette et le même
torchon chez tous les
voisins et amis des
Malpertut.
Le lendemain au lever, le
café et une petite goutte de
gnole (pour tuer les vers
: expression humoristique)
est servie, cela donne du
coeur à l'ouvrage. La chair
du cochon est devenue ferme
et se prête mieux au
découpage. On tranche les
pieds, on retire les
jambons, les épaules, les
filets, les côtes. Chacun sa
tâche : les uns découpent
les morceaux de viande pour
être mis dans des boites en
fer blanc dont les
couvercles seront sertis par
Mr Jouberty à Sornac ou dans
des verrines que l'on
stérilisera dans la journée,
les autres s'occupent de
saler la poitrine et autres
morceaux que l'on frotte au
sel gris et que l'on dépose
au saloir (grande poterie
de terre cuite de 50 litres
environ) par couches
successives de sel et de
viande en y ajoutant un peu
d'eau pour faire la
saumure. On termine en
posant un linge propre sur
le dessus du saloir que l'on
ferme avec un couvercle. Ce
saloir représente quelques
mois de repas en réserve. On
hache menu le foie, du gras
et des morceaux de viande
pour les pâtés, les
saucissons, les saucisses,
les tripes pour les
andouilles et andouillettes.
Les quartiers de lard sont
chauffés et fondus dans une
grosse marmite et à l'aide
d'une louche on remplit des
pots en terre cuite de cette
graisse fondue qui s'appelle
une fois solidifiée
"saindoux" et qui rend la
cuisine si bonne. Les restes
de couenne sont égouttés et
salés on les appelle les
grattons, passés à la poêle
ils deviennent des
"grillons". Avec ce
saindoux et de la viande de
la panse on fera des
rillettes.
Le troisième jour, on pend
les saucisses, les
andouilles dans le cantou
pour sécher et prendre un
petit goût fumé. Les jambons
bien essuyés et secs sont
frottés avec du sel puis
ficelés dans un linge avec
du sel et sont mis dans un
tonneau plein de cendre et
attendront 2 à 3 mois pour
être dégustés. Dans quelques
familles on en salait qu'un
l'autre était cuit au court
bouillon pour faire un
jambon à l'os que l'on
pouvait consommer les jours
précédent. On distribue aux
voisins présents et à
quelques autres des morceaux
de viande fraîche qui
procéderont à leur tour de
la même manière, on pouvait
ainsi manger de la viande
fraîche une bonne partie de
l'année.
Tout ce travail est terminé,
on peut enfin se mettre à
table et faire la "fête du
cochon" On savoure les
pâtés, de foie, de tête, que
l'on arrose copieusement de
bon vin de pays. La
maîtresse de maison ayant
préparé un bon rôti de ce
brave goret, tout le monde
se régale, les patates aux
saindoux sont dorées à
souhait. Chansons et danses
clôturent ces 3 jours de
fête.
Ainsi en
était-il
de la fête du
cochon à
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