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Histoire de la CORREZE




La partie basse du département de la Corrèze a été occupée par l'homme primitif dès la fin de l'époque quaternaire ; les haches en silex trouvées sur quelques plateaux des environs de Brive, les fouilles faites dans plusieurs grottes naturelles en fournissent la preuve. Ces grottes sont situées dans le vallon de Planche-Torte, commune de Brive, sauf une qui se trouve dans la vallée de la Corrèze, entre Brive et Malemort. La peuplade sans nom qui a vécu sous ces sauvages abris y a laissé les débris de son industrie, d'abondants silex taillés ; et les ossements du renne attestent que les premiers habitants des environs de Brive ont co-existé avec une faune bien différente de la faune actuelle. La période néolithique est représentée par de rares haches en pierre polie, trouvées sur divers points du département.

Les premiers peuples du Limousin dont on peut retrouver quelques traces dans les annales historiques furent les Galls, qui occupaient le centre, le sud-est et l'est de l'ancienne Gaule, à laquelle ils donnèrent leur nom ; on les retrouvait encore dans la Grande-Bretagne, I'IrIande et les îles environnantes. Seulement, tandis que dans la Gaule les traces de leur langue, de leurs moeurs, de leurs noms de personnes et de lieux ont complètement disparu, dans l'Irlande et dans l'Écosse actuelles la race et la langue gaëliques n'ont subi que de légères altérations.

D'autres races sont venues, en effet, se mêler successivement aux Galls de la Gaule pour former notre nation. Dès longtemps avant Jésus-Christ, avaient commencé ces grands déplacements de peuples du Nord vers le Sud, que l'on désigne communément sous le nom d'invasions des Barbares. Du septième au quatrième siècle avant notre ère, une race nouvelle se répandit dans la Gaule par plusieurs invasions successives. Cette race était celle des Kymris, que les Romains appelaient Cimbres, et que l'on croyait originaires de la péninsule Cimmérienne, appelée aujourd'hui Crimée, sur les bords de la mer Noire. Les Kymris, hostiles d'abord, finirent par se fondre avec les Galls.

Plus tard vinrent les Romains, les Germains et les Francs, et ce sont ces éléments divers qui ont constitué notre nation française. Cependant l'unité de la nation n'existait pas alors comme aujourd'hui ; chaque grande race se subdivisait en une multitude de peuplades secondaires qui se réunissaient quelquefois dans le cas d'un danger ou d'un intérêt commun, mais qui, absolument indépendantes l'une de l'autre, étaient maîtresses de leurs destinées.

La tribu qui habitait la Corrèze au moment de la conquête romaine était celle des Lemovices ou Limousins. Le territoire qu'elle occupait se trouvait plus étendu que celui de l'ancienne province du Limousin ; il empiétait sur les départements actuels du Lot et du Cantal au sud-est et de la Dordogne à l'ouest. Cette configuration, qui fut celle de la cité romaine et, suivant toutes les vraisemblances, celle de la cité gauloise, n'a été modifiée à son détriment qu'à l'époque carlovingienne.

Lorsque César, à la tête de ses légions, marcha à la conquête de la Gaule, il rencontra la plus énergique résistance chez ces peuplades que le sentiment du danger avait rassemblées et unies en une seule nation. Vercingétorix, nommé généralissime, opposa à la tactique romaine une indomptable énergie et une bravoure qui étonnèrent ses ennemis. Mais, s'étant laissé enfermer à Alésia, il fut obligé de se rendre à César, qui, moins grand que son rival, le fit charger de chaînes et en orna son triomphe. Vercingétorix, digne d'un meilleur sort, fut étranglé à Rome l'an 46 avant J.-C. Les Lémovices avaient envoyé 10 000 guerriers au secours d'Alésia ; leur chef, Sedullix, fut une des victimes de cette journée, qui décida du sort de la Gaule.

Le cadurce Luctère, échappé au désastre d'Alésia, alla s'enfermer dans Uxellodunum, ville aujourd'hui détruite, qui occupait, selon quelques archéologues, l'emplacement d'Ussel ; mais Uzerche, Cahors, Capdenac, Luzech et Puy-d'Issolu revendiquent aussi ce titre de gloire. Quoi qu'il en soit, Luctère, assiégé par César, fut enfin obligé de se rendre au proconsul, qui fit couper les mains à tous ceux qui avaient porté les armes. Après la conquête romaine, la Gaule tout entière ayant été partagée en provinces, la Corrèze fit partie de l'Aquitaine jusqu'au Ve siècle.

Pendant cette occupation, le christianisme y fut prêché. La religion de ce pays, comme dans toute la Gaule, était la religion druidique. Ce nom lui vient des Druides, qui en étaient les prêtres. Le rôle des Druides, au dire de César, était d'accomplir les sacrifices, d'instruire la jeunesse et de rendre la justice. Suivant les auteurs latins, ils croyaient à l'immortalité de l'âme et à l'unité de Dieu. Aristote et Pline en parlent avec le plus grand respect. Mais une coutume barbare, celle des sacrifices humains, souillait cette morale élevée. Auguste défendit ces sacrifices par un décret rendu l'an 14 avant J.-C. L'empereur Claude, à son tour, abolit le culte et le sacerdoce des Druides. Mais les décrets sont impuissants à détruire une croyance. Les Druides se cachèrent au fond des bois, où les suivaient leurs adeptes.

Une lueur nouvelle, partie de l'Orient, devait éclairer les sombres forêts dans lesquelles avaient lieu les sacrifices sanglants, et faire comprendre à ces peuples aveuglés l'horreur de ces barbares coutumes. Ce flambeau fut le christianisme. Saint Martial, premier évêque de Limoges, fut l'apôtre de la foi nouvelle dans l'Aquitaine, au IIIe siècle. La tradition lui attribue de nombreux miracles opérés à Tulle et dans les environs. Elle constate, en outre, le martyre, aux portes de Brive, de sainte Ferréole, et, dans la ville même, celui de saint Martin, noble espagnol qui venait y renverser les restes du paganisme. Malgré les persécutions des empereurs, le nombre des prosélytes alla toujours augmentant. Au IVe siècle, saint Martin prêcha aussi dans la Corrèze, et la cause du christianisme fut définitivement gagnée dans cette partie de la Gaule.

A l'époque de l'invasion des barbares, la Corrèze fut d'abord envahie et saccagée par les Vandales et les Alains, puis par les Visigoths. Ceux-ci, qui étaient ariens, non contents de ravager le pays, persécutèrent les chrétiens. En 507, Clovis, roi des Francs, appelé par les évêques du Midi, marcha contre les persécuteurs et les défit complètement à la bataille de Vouillé, près de Poitiers, en tuant de sa propre main leur roi Alaric. La Corrèze tomba au pouvoir du vainqueur ; au partage de la monarchie, elle fit partie du royaume de Paris, qui avait pour roi Caribert ; puis, à la mort de ce dernier, elle passa sous la domination de Chilpéric, roi de Soissons.

En 584, un fils naturel de Clotaire, Gondowald, revenu de Constantinople pour faire valoir ses prétendus droits sur l'Aquitaine, se fit proclamer roi à Brive par les nombreux partisans que la crédulité ou le goût des aventures avait attachés à sa cause. Mais il ne porta pas loin ce titre usurpé ; les soldats de Gontran, l'ayant poursuivi, l'assiégèrent à Lugdunum (Saint-Bertrand de Comminges) et le précipitèrent du haut d'un rocher.

La Corrèze fut, plus lard, ravagée par les Sarrasins et réunie à l'Aquitaine sous les ducs Hunald et Waïfre, qui firent à Charles Martel et à Pépin le Bref une longue guerre, terminée seulement sous Charlemagne. L'empereur établit alors dans le pays des comtes ou gouverneurs, qui furent les chefs des grandes familles féodales de Ségur, de Turenne, de Ventadour et de Comborn. Il plaça la Corrèze dans le royaume d'Aquitaine, qu'il donna de son vivant à son fils Louis le Débonnaire. Celui-ci, à son avènement au trône, en 814, abandonna l'Aquitaine à son fils Pépin ler, mort à Poitiers en 838. Pépin II, fils de Pépin Ier, fut proclamé roi d'Aquitaine par les seigneurs du pays, qui aspiraient à une nationalité indépendante. Charles le Chauve, par le traité de Saint-Benoît-sur-Loire, en 845, lui céda l'Aquitaine, à condition qu'il reconnaîtrait sa suzeraineté. Pépin, s'étant révolté en 850, fut défait par Charles, qui, en 853, le fit enfermer à Senlis. Les Normands, profitant de ces troubles, envahirent le pays, qu'ils pillèrent et incendièrent. Raoul de Bourgogne les attaqua et les défit à la sanglante bataille d'Estresses, près de Beaulieu.

 l'avènement de Hugues Capet au trône de France, les comtes de Poitiers et de Toulouse, rêvant les grandes destinées de ce dernier, se déclarèrent indépendants et entraînèrent à leur suite les principaux seigneurs de la Corrèze, qui méconnurent l'autorité royale jusqu'au moment du mariage de Louis VII le Jeune avec Éléonore de Guyenne, en 1137. En 1152, le concile de Beaugency ayant prononcé le divorce des deux époux, Eléonore, devenue libre, épousa quelque temps après Henri Plantagenet, qui, en 1155, devint roi d'Angleterre. La Corrèze passa alors au pouvoir des Anglais.

En 1202, les barons du Poitou et d'Aquitaine s'étant soulevés contre Jean sans Terre, appelèrent à leur secours Philippe Auguste, qui le chassa d'Aquitaine. La Corrèze appartint à la France jusqu'au 12 mars 1259, époque à laquelle Louis IX, par scrupule de conscience, conclut avec Henri III d'Angleterre un traité par lequel il restituait à ce prince le Quercy, le Limousin, l'Agénois et une partie de la Saintonge. Mais en 1294, les Anglais furent presque entièrement chassés de la Guyenne, et la Corrèze redevint française.

Pendant la guerre de Cent ans, la Corrèze affirma hautement son attachement à la France ; elle eut à supporter le poids de cette terrible guerre qui ruina notre pays, mais d'où la nationalité française surgit triomphante. En 1335, Philippe le Bel visita Brive, qu'il fit fortifier ainsi que plusieurs autres villes du Midi. Le 26 août 1346, la France éprouvait le désastre de Crécy, dont l'influence devait se faire sentir dans le Midi. En effet, le 1er novembre de la même année, les Anglais s'emparaient de Tulle, d'où le due d'Armagnac les expulsait quelques jours après.

La défaite de Poitiers (19 septembre 1356), suivie du fatal traité de Brétigny (18 mai 1360), fit retomber la Corrèze sous la domination anglaise. Sous Charles V, du Guesclin assiégea les Anglais dans Ussel et les chassa de la vicomté de Ségur. A peine l'ennemi était-il installé à Tulle qu'il en fut chassé par les habitants des campagnes voisines. Mais en 1374, Brive accueillit le due de Lancastre, frère du prince Noir, et résista aux sommations du duc d'Anjou, qui parut peu de temps après devant ses murs. Les Français attaquèrent la ville, la prirent et en décapitèrent les principaux magistrats, près de la porte Barbecane, qui avait donné passage aux Anglais et qui fut murée.

Plus tard, les Brivistes firent oublier leur moment de fablesse en chassant les garnisons anglaises des châteaux qu'elles occupaient dans le bas Limousin. La guerre d'embuscade, employée contre les Anglais, seconda les armes françaises. Le prince Noir, usé par les fatigues, mourut en 1376, et son père, Édouard III, le suivit un an après dans la tombe. Charles V mourait Iui-même en 1380, après de nouveaux succès remportés sur ses ennemis.

L'élan national ne se ralentit pas, et, malgré les calamités du règne de Charles VI, les Anglais n'obtinrent dans la Corrèze aucun succès important ; sous le règne de Charles VII, ils durent se retirer devant le roi triomphant et ses braves capitaines, parmi lesquels se distingua Dunois. Charles VII vint visiter le Limousin eu 1441, et passa à Tulle les fêtes de Pâques de cette année.

La Ligue du Bien public, cette dernière lutte de la féodalité impuissante contre le pouvoir royal, ne trouva pas d'écho dans le Limousin (1465). Deux ans auparavant, Louis XI avait visité cette province et séjourné à Brive, à Donzenac et à Uzerche, acclamé par la population ; il avait en même temps institué des cours de justice à Brive et à Uzerche. Sous Charles Vlll, Louis XII et François ler, un calme profond régna dans la Corrèze. Mais, sous Henri II, le protestantisme s'y étant répandu, y fit plusieurs adeptes, parmi lesquels Henri de la Tour, vicomte de Turenne, dont l'influence était grande dans le pays ; Argentat, Beaulieu et Uzerche suivirent sa cause. D'illustres capitaines, Biron, Coligny et Henri de Navarre, qui devait être plus tard Henri IV, répondirent à l'appel d'Henri de la Tour, devenu lui-même, en 1591, due de Bouillon.

Les protestants, sous la conduite des princes de Condé et de Coligny, ayant été défaits, le 13 mars 1569, à la sanglante bataille de Jarnac, dans l'Angoumois, par le duc d'Anjou, qui fut plus tard Henri III, les vaincus se retirèrent dans le Limousin. Ils occupèrent Lubersac, Juillac, Saint-Bonnet-la-Rivière ; Coligny s'empara de Beaulieu le 10 décembre 1569 et livra cette ville au pillage. Quelques années après, Tulle fut prise d'assaut par la Morie, maître de camp du vicomte de Turenne.

A dater de cette époque commence une suite continuelle de surprises et d'escarmouches qui durèrent pendant tout le règne d'Henri III. Brive fut prise, le 24 juin 1577, par le duc de Biron ; un mois après, un autre chef protestant, Vivans, y commit d'abominables excès. Henri IV, en pacifiant la France, rendit la tranquillité à ces contrées ; héritier par son grand-père de la vicomté de Limoges, il la réunit à la Couronne. Sous Louis XIII, quelques seigneurs mécontents se révoltèrent en 1628 ; mais Richelieu, qui venait de prendre la Rochelle, leur prouva que le temps des rébellions était passé. Sous la Fronde, la femme du prince de Condé se réfugia à Turenne, en 1648, pour y organiser la guerre civile, mais ses partisans échouèrent au siège de Brive. Le peuple corrézien comprenait qu'il n'y avait rien à gagner dans ces agitations stériles et antipatriotiques suscitées par de mesquines ambitions.

Le 8 juin 1738, Charles-Godefroi, duc de Bouillon, vendit la vicomté de Turenne à Louis XV, pour la somme de 4 millions 200 000 francs. Depuis ce moment, la Corrèze a été associée au sort du reste de la France.

Jean-Paul PASQUET 2003