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MON
GRAND-PERE
TEXTE INTEGRAL DE
NICOLAS
GUIARD
« Docteur Auguste Cloup, 1922-1993, Maire de Saint
Setiers, Conseiller Général.» C’est l’épitaphe gravée
sur la plaque qui orne la façade de notre maison
familiale du bourg de Saint Setiers. C’était mon grand
père. Je sais peu de choses de sa vie politique si ce
n’est ses régulières absences et le souvenir de l’avoir
accompagné, lui et sa femme, notre grand mère Odette,
dans les comices agricoles des communes avoisinantes.
De sa carrière militaire, je ne connais que les noms de
pays exotiques où ma grand mère l’a suivi et ses filles
grandi. Je ne connais qu’un vieux chapeau usé pour
lequel mes cousins et moi nous « battions » afin
d’avoir l’honneur de le porter lorsque nous partions à
la pêche à la truite. Je ne connais que les paroles
d’une chanson qu’il nous apprenait en riant, les mains
occupées à enfourner du tabac dans cette machine
fabuleuse dont sortaient des cigarettes toutes roulées :
« Pour faire un soldat de marine, il faut avoir dans la
poitrine, le cœur d’un matelot et celui d’un soldat ».
Je me souviens par contre du bruit de ses pas quand il
descendait les escaliers au petit matin pour allumer du
feu et préparer le café. Avec mes cousins, c’était à
celui qui s’arracherait le premier au sommeil, pour le
suivre et se rendormir sur le canapé, bercé par le
ronronnement de la radio.
Je me souviens d’hivers rigoureux où, emmitouflés dans
des anoraks colorés, nous nous promenions dans les bois
à la recherche de bâtons que nous gravions ensuite dans
l’étable de « la grange ». Je me souviens des promenades
à ski de fond ; nous ne faisions que les descentes.
Grand père nous remontait inlassablement en voiture
jusqu’à la croix de la mission.
Je me souviens d’étés ensoleillés à Saint Setiers, (si,
si !) durant lesquels, tout maire qu’il était, il nous
apprenait à braconner la truite et les lapins, à tirer
au fusil dans le pré du ball-trap , à conduire la 2 CV
dans les chemins (entre la croix de la mission et le
château de la cueille), à fabriquer des lance-pierres.
Lui qui fut si strict dans l’éducation de ses filles se
relâchait avec délectation dans la garde de ses petits
enfants.
Je me souviens d’engueulades en patois avec sa mère, la
Tonine, auxquelles nous ne comprenions rien mais durant
lesquelles nous n’avons jamais osé demander de quoi il
s’agissait exactement.
Je me souviens de lui nous faisant observer dans son
vieux microscope de médecin en retraite, la faune active
habitant une croûte de fromage du pays, avant de
s’exclamer : « C’est là dedans le meilleur. » et de
l’avaler sous le regard désapprobateur de ma grand mère.
Je me souviens aussi des coups de gueules et
des trempes (C’est comme ça qu’il appelait les baffes).
On en a certainement mérité plus qu’on en a ramassé.
(C’est comme les champignons.)
Je me
rappelle bien sûr les marches silencieuses dans les
sous-bois où ses yeux scrutaient le sol, soulevaient les
feuilles mortes et faisaient le tour des arbres à la
recherche de cèpes ou de girolles. Je sais aujourd’hui
que la connaissance de ses « coins » font partie de mon
héritage.
Il est
mort l’année de mes 17 ans et si le souvenir,
certainement trop idéal, que j’ai de lui est déformé par
le filtre de l’enfance, je sais que mes cousins le
partagent, et j’ai cru lire dans les paroles de ceux qui
l’ont connu autrement que moi, qu’à Saint Setiers on se
souvient de lui.
Grand père, c’est toi le plus
« riche » du cimetière.
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