LA BATTEUSE

Jour de  batteuse

Déjà depuis 3 jours les femmes préparaient ce grand moment, elles plumaient les volailles, dépeçaient les lapins, cuisaient les pâtés et tout ce qui pouvait être fait d'avance pour être prêtes en temps voulu .

Le matin au réveil il faut mettre la batteuse bien d’aplomb, à niveau de tous les côtés, il faut qu’elle soit d’équerre. prés de la grange. Le moteur bien en face, vérifier la courroie … et essayer si cela fonctionne.

Ensuite c’est la grande attaque !! Les hommes arrivent frais et dispos avec les reins biens bandés par les ceintures de flanelle,  un foulard autour du cou. Il faut répartir les tâches, ceux qui portent les sacs, ceux qui retirent la paille derrière la machine, ceux qui débourrent la machine, ceux qui défont le maillat, c'est-à-dire, l’endroit où les gerbes de blé sont stockées dans la grange ( pour le foin cela s'appelle "le fenier"), ceux qui envoient les gerbes sur la batteuse, deux hommes sur la batteuse, celui qui réceptionne les gerbes et les délie l'autre l’engreneur qui passe le blé dans le rouleau du batteur, ceux qui lient les gerbes de paille une fois battues à la sortie de la machine et ceux qui vont rempiler la  paille dans la grange… Deux d’entres eux, jeunes et costauds, vont vider les sacs de 45 à 50 kg au grenier en montant par l’échelle, le grain est stocké en vrac, puis ils rapportent les sacs que l'on raccroche aux 3 bouches de la batteuse, c'est de là que sort le grain et une personne est préposée pour la surveillance du remplissage des sacs et doit fermer la trappe des bouches à grain et mettre de nouveaux sacs.

Il faut au moins une vingtaine d’hommes pour faire tout ce travail !

A 8h30 - 9h, les  femmes apportent le casse croûte. On mange de la soupe, des pâtés, des fromages de tête, du fromage … et l'on boit du vin. Mais ça ne dure pas trop longtemps, ½ à ¾ d’heure maximum et ensuite l'on retravaille jusqu’à midi.. Les hommes s'étaient préparés a ce dur labeur mais  savaient que l'entraide marchait et que demain voisins et amis viendraient chez eux rendre le travail .

Et ça fume ! ça fume de tous les côtés. On se protège en se mettant des foulards sur le nez pour avaler moins de poussière. Pendant le travail il faut boire beaucoup, ça dégage tellement de poussière que les hommes ont soif, alors les jeunes filles, robes légères et décolletés  sympathiques  passent pour tendre les bouteilles en subissant quelques quolibets des hommes en plein travail, elles rougissaient de honte ou de plaisir.... allez savoir. La sueur perle sur ces visages au teint bruni par tous les travaux des champs de cet été.

Pendant ce temps, les grands-mères cuisaient les tartes, les flognardes et les gâteaux avec tout leur savoir faire. Les femmes cuisaient et faisaient mijoter rôtis ,volailles, civets et autres viandes on apprenait aux jeunes filles à faire la vinaigrette et autre mayonnaise, il fallait que tout soit prêt pour l'heure ou le moteur de cette machine cesserait son bruit infernal.

A midi, c’est le grand casse croûte, mais les hommes ne boivent pas trop de vin, on a toujours peur de l’accident ! Ce sont les femmes qui  apportent le repas, les hommes ont faim. Ce sont les femmes qui servent? elles mangeront après. A elles d'en avoir assez préparé pour qu'il leur en reste

On recommence le travail tout l’après midi. La  machine crache la poussière, le moteur fume, le tout dans un bruit d'enfer . L'odeur d'huile, de paille , de sueur se mêlent dans un fracas indescriptible les décibels sont au maximum , la machine tremble crachote, tousse mais tient le coup. Il faut crier pour s'entendre. La bonne humeur est là quand même et le bruit cessera quand le dernier épi de blé, d'avoine, de seigle ou autre céréale sera passé dans cette machine infernale.

Lorsque tout est fini,  là c’est la grande fête ! les femmes ont préparé le pot au feu, le civet de lapin, les volailles, les rôtis, les pâtés maison …, on met de grandes tables dans la pièce ou le bâtiment le plus grand . Cela se termine par des chansons, des éclats de rire jusqu’à minuit, 1 heure du matin. en sachant que demain ou après demain on recommence chez le voisin.

Récit de Lucien PASQUET